De toutes les contrées maudites dont il avait eu à souper au cours de ses différents engagements, de ses différentes loyautés, les Maleterres de l’Est s’illustraient sans difficulté de la masse de par leur aspect tant moribond que fantasque. Ruines calcinées & restes cadavériques se mêlaient par endroits à d’imposants champignons viciés, du haut desquels se déversait dans l’air toute la souillure des environs. Le vent poussiéreux, empli de miasmes indicibles, apportait en son sein les effluves fétides de la pourriture nécrotique qui continuait à ravager ces terres, bien des décennies après.
Seules les hautes tours de la croisade d’argent, juchées au sommet de collines étrangement verdoyantes, offraient un maigre répit à cet odieux spectacle. Leurs efforts pour restaurer ce qui pouvait l’être paraissaient toutefois bien vains, au regard de la vaste étendue de mort & de désolation qui triomphait de par son immensité sur ces quelques insignifiants bastions d’albâtre, et où le soleil lui-même peinait à percer de ses rayons l’épaisse purée de pois cuivrée qui recouvrait les environs.
La bride fermement en main, le regard alerte, l’homme d’armes et son destrier poursuivirent leur avancée prudente sur les pavés mousseux de l’ancienne route royale. Quelques dépouilles malheureuses, visiblement plus récentes, vinrent parfois orner ici et là les abords dans une mise en scène des plus macabres. La sévérité de leur flétrissure, toutefois, ne laissa point de doutes quant à la nature de ces dernières. Au loin, de sinistres râles gutturaux continuèrent à se faire entendre, entrecoupés des croassements usuels aux lieux régis par le trépas.
La progression fut lente, tout autant que le dangereux périple qui amena cet égaré du sud jusqu’aux terres du nord. Pour simple direction, de vulgaires planches de bois à moitié recouverte de la même mousse qui poussait aux environs. « Le Beffroi du Nord » y était parfois apposé de manière maladroite ou pressée. Tel fut le nom du bastion cité par d’autres, et telle fut sa destination.
Après de longues heures et alors qu’il commença à douter de l’exactitude des informations délivrées par ces panneaux en piteux état, il entrevit à travers le brouillard ce qui lui paraissait être le contour de quelque fortification. De petits halos de lumière tamisés semblaient s’agiter au-dessus de ces dernières. La lecture de sa carte, jaunie par le temps et achetée à grands frais auprès d’un croisé vieillissant, lui apporta l’assurance qu’il ne s’agissait pas là d’une énième place forte argentée.
Pas après pas, les imposants murs se dévoilèrent sous ses yeux. Arrivé à bonne distance, il entreprit de descendre de sa monture d’un geste mesuré, afin de s’annoncer au guet local, quittant de fait la sûreté d’une position avantageuse. Il récupéra une torche dans l’une des deux épaisses besaces reposant sur la croupe de son canasson, qu’il vint allumer à l’aide de la lanterne. La flamme vint se positionner au-dessus de sa tête casquée, espérant ainsi marquer sa position avec plus de clarté.
« Mes respects, hommes du guet ! Accorderez-vous le gîte à un voyageur égaré ? Si le doute vous anime, alors faites quérir vos maîtres, et annoncez le sieur « Colmoda Thirath » présentement à vos portes ! »

Un tabard à la flamme écarlate, et un écu blasonné de même manière. L’homme savait pertinemment qu’en arborant pareilles couleurs, il ne pouvait qu’attirer l’attention. C’était là, en outre, son but.


