La nuit fut fort rude pour Dolir, allongé sur la peau d’ours qui recouvre le sol en pierre de la taverne. Il ouvre lentement ses yeux encore alourdis par soirée humide mais Ô combien savoureuse.

Tout en s’asseyant, Il dégage machinalement une mèche de ses cheveux blancs de son visage. Les crépitements du foyer auprès duquel il s’est endormit la veille illuminent la taverne dans des tons rouge orangé.
Il se saisit d’un morceau de ficelle dans sa poche pour nouer sa chevelure en arrière avant de se tourner sur le côté non sans difficulté, se positionne sur ses genoux et se redresse lentement, très lentement.
"Mes aïeux, si j’avais su que vieillir puisse être aussi douloureux… Mes chevilles me font un mal de chien !"
Le petit être lève ses deux bras vers le ciel et le voilà qui lévite à hauteur d’homme, ce qui n’est pas très courant pour un Nain de voir le monde d’aussi haut.
"Heureusement que j’ai encore ça pour soulager mes pauvres articulations."
Il se laisse glisser vers le haut de l’escalier pour regagner la sortie. La vieille poignée en cuivre de la porte en bois tourne en grinçant tristement. L’air frais frappe le visage ridé qu’il recouvre délicatement d’une capuche assortie à sa robe, cachant à moitié son visage dans la pénombre. Il rejoint l’arrière de la taverne où il retrouve sa fidèle monture. Enfin, jusqu’à la prochaine. Étant donné son âge, il se saurait dire combien il en a eu désormais tellement il les collectionne.
"Allez Crotin, c’est l’heure d’aller casser une croûte. Direction Kharanos !"
Pourquoi ne mange-t-il pas dans la taverne où il vient de passer la nuit me demanderez-vous ? Très bonne question. Et bien… Allez lui demander, moi je n’en sais strictement rien, je ne suis là que pour raconter son histoire après tout.
Le petit déjeuner est servi dès son arrivée. Dolir est un habitué du lieu, nul besoin de commander. Un bon cochon rôti à la broche accompagnée d’une eau gazeuse et le tour est joué. Bon, d’accord, ce n’est pas de l’eau gazeuse, il ne faut pas le dire cela pourrait nuire à sa réputation de Prêtre. La réputation d’un Nain tient autant à son courage qu’à sa capacité à ingurgiter des litres de bière, mais en ce qui concerne Dolir, la deuxième qualité qui sied beaucoup plus que la première.
Pendant que la graisse de cochon lui coule le long de la barbe, il écoute discrètement la conversation d’un Gnome et un Nain.

"Puisque je vous dis qu’ils sont encore en pleine activité ! Ce sont des idioties que vous me sortez, l’Ost Pourpre est toujours en activité, j’en suis certain ! Aux dernière nouvelles leur Quartier Général se trouverait au Beffroi du Nord qu’ils ont nettoyé de toute vermine." Affirme le Gnome debout sur sa chaise.
"Pourtant j’ai ouïe dire que la guilde avait été dissoute. Maintenant, si vous me l’affirmer, tant mieux car nous avons grandement besoin de ce genre de combattants pour protéger nos Terres" répond le compatriote de Dolir.
« Ne vous en faites pas, on pourra toujours compter sur eux !"
Sur ces mots, Dolir essuis avec sa serviette en tissus sa barbe pour rejoindre le comptoir.
"Tiens Belm, garde la monnaie"
Il lâche une pièce d’or sur le comptoir et s’en retourne vers sa monture qui l’attend sagement à l’entrée de la taverne, les pattes arrière recouvertes de crottes fraîchement évacuées.
"Mon p’ti Crotin, tu vas rester tranquille deux ou trois jours à l’écurie hein ? J'ai deux ou trois choses à régler dans le Nord et je reviens."
Dolir se saisit des rennes et conduit l'animal à l'écurie en contrebas, juxtaposée à la griffonnerie.
"Tu s'ras bien là, au chaud. T'as même de la paille toute fraîche, tâches de ne pas la souiller en moins d'deux, gros dégueulasse !"
Sur ces mots, il rejoint le propriétaire du lieu afin de lui louer un griffon. Le voyage est extrêmement long, l'hiver rigoureux, il est donc préférable de ne pas perdre de temps. Qui plus est, les routes ne sont pas sûres et voler reste le meilleur moyen d'échapper à tout problème lorsque l'on voyage seul. Ce n'est que Dolir manque de courage, quoiqu'en pense ses anciens compagnons d'arme, mais la sureté avant la témérité reste une devise à suivre.

"J'vous l'loue pour trois pièces d'or, prix d'ami. Mais faut m'le ram'ner dans deux jours grand maximum. J'ai des locations réservées et j'peux pas m'permettre de déroger à mes engagements."
"Aucun problème", répond Dolir au palefrenier.
Le prêtre enfourche la monture volante qui déploie aussitôt ses grandes ailes majestueuses et fouette l'air qui caresse le visage de Dolir au travers de sa capuche. Un frisson lui traverse la colonne vertébrale mais il l’ignore. La dureté du climat est à l’image des petits personnages qui habitent cette région si difficile à vivre. Il donne un coup de talon discret sur le plumage de l’animal qui s’élève à la verticale. Dolir incline les rennes sur le côté droit et le griffon effectue sa manœuvre pour se diriger plein nord-est.
"C’est parti !" s’écrie Dolir en pointant son doigt dans le sens de sa destination.
Tel un aigle, es ailes de n’animal fendent l’air, donnant l’impression de ne pas forcer le moins du monde. Sous son plumage blanc, Dolir peut sentir les muscles se contracter, le souffle puissant qui jaillit de son bec. Après deux heures à survoler marais et montagnes, l’horizon se fait orangé, bien que la journée soit bien entamée.
"Les Malterres de l’Est ! Y on arrive enfin."

il jette un regard furtif en contrebas et aperçoit le Nid de l’Aigle, ancien Bastion des Aigles de Wildhammer dont il fit parti sommairement. De bons souvenirs lui reviennent à l’esprit. Il était alors entouré de ses compagnons d’armes Nains, vaillants, grincheux, buveurs, des Nains, ni plus, ni moins, mais c’était la belle vie.
Le dernier massif passé après Seradane, repère de dragons verts protecteurs de la terre et d’un grand arbre florissant, il aperçoit au loin des bâtisses entourées de tours de guet.
"Nous y sommes. On va ralentir l’allure pour ne pas se faire remarquer par les gardes, on n’est jamais trop prudent à mon goût."
L’animal amorce sa descente et finit sa course à pas feutrés sur les larges pierres qui dessinent la route menant à la forteresse. Une dernière griffe use le sol d’une légère trace, Dolir tire sur les rennes pour stopper l’animal. Il descend tant bien que mal, les fesses engourdis par le voyage et une selle un peu trop ferme à son goût. Il incante un sort de lévitation et s’approche du garde en flottant à quelques pas du sol.

"Bien l’Bonjour l’ami. Je suis navré d’arriver à l’improviste. Je me nomme Dolir, Lunétoile Prête sacré par les Grands Prêtres Nains. J’ai entendu dire que l’Ost Pourpre avait élu domicile en ces lieux ? Serait-il possible d’obtenir un entretien avec vos supérieurs s’ils vous plaît ? "